Anne Pharel

  • Œuvres

    Les arbres gravés

    J'envisage ces images comme des substituts de ce monde voué à l'évanouissement, de ce monde qui s'écoule sans le désir d'inscrire son passage, ce monde qui laisse une empreinte aléatoire que je saisis au vol pour lui imposer une trace. Reflets du ciel et des arbres déposés sur une vitre, je leur donne une texture pour qu'ils se cristallisent et continuent de flotter entre deux airs, dans le souffle.
    C'est ainsi que je m'enfonce dans la réalité d'une autre atmosphère, projetée dans l'univers de la transparence qui devient apparence et qui est une provocation pour l'imaginaire. Mirages?


    Les Apparitions

    Dans mes images, je ne recherche pas une ressemblance au monde, ni même une vraisemblance ; je cherche à rassembler le Beau fragmenté pour aller vers la Beauté qui donne à penser. Il s'agit d'une vision pure qui permet l'étrangeté d'approcher l'invisible, ce que l'on pourrait croire être le magique et qui n'est au fond qu'une part infime du Réel, juste entraperçue. Dans ce temps suspendu, dans un long et lent mouvement, je cherche et j'attends l'instant crucial où la lueur intérieure d'un monde se déplace enfin et vient rejoindre les reflets de l'extérieur, pour y faire corps dans une autre réalité. M'oubliant jusqu'à l'effacement, je provoque alors l'union des inconciliables qui engendre la sensation profonde et intime d'une présence : confrontation à l'énigme. Le monde éclairci, auréolé, se révèle alors, devient plus transparent, plus limpide et aussi plus rapproché du Secret ; confidences d'une boule de cristal. Est-ce donc cela, dans l'éblouissement de l'imaginaire, l'incursion brève, fulgurante du Réel dans la réalité?


    Le bruit de la nuit

    Je considère le néant, il modèle le monde. Il est origine, là, tapis dans l’insondable qui sépare l’ombre de la lumière, lorsque les fourmillements du silence deviennent visibles. Il est là, qui borde les présences minuscules, consciences innombrables, juste particules, ourlant de vide les électrons : c’est en lui qu’il faut chercher le souffle du vivant ; il est le point de bascule universel et fécond. Je veux trouver ces consciences infimes qui instaurent le bruissement du silence et les pigments de la nuit : ce sont elles qui révèlent les interstices que seul le néant peut habiter lorsque les fils du jour nés de la brillance de la lumière, ces tyrans du monde intelligible, sont rompus par la montée de l’obscurité. Alors, cernées par l’invisible, elles laissent gonfler, éclater, exploser leurs couleurs contenues. Libérées de leurs liens, elles ouvrent sur un univers enrichi de rêves et de nuances, à la réalité moins dense car non lissée, une réalité avec ses failles, qui s’écrit autrement et donne à lire un réel à trous, à pleins, à déliés.
    Je crois que le bruit de la nuit est de la même nature que les enveloppes invisibles des fragments du monde


    Sub Noctem

    Saisir la beauté involontaire du jour qui s'efface, celle qui échappe au désir de la création.
    Surprendre l'heure où les mystères de la nuit s'élèvent.
    Apprivoiser les ombres, leur donner corps tandis que les arbres se rapprochent, conversant dans l'obscurité retrouvée.
    Célébrer les dernières lueurs du jour et se rendre à l'évidence du court moment de l'incertain.
    Voici les quelques instants qui abritent la montée du monde invisible, lorsque les couleurs, intactes et glorieuses, sont rendues à elles-mêmes, avant que tout ne devienne introuvable.
    Le moment parfait où les arbres, se dissolvant dans leur environnement, transitoires, engloutis, offrent la trace de leur disparition.
    Quand sont racontées la terre et ses œuvres, celles du temps qui passe, avec l'évanouissement du réel qui s'est laissé absorber par un monde devenu rêve.


    Jardins Intérieurs

    Faire remonter ce qui a sombré, faire revenir ce qui a disparu. Illusions. De l'effondrement d'un monde, il ne reste que la trace intangible de ce qui est perdu: visions fugitives où, si la rouille est figure d'effritement, l'or transcende l'absence. Vestiges, colonnes oubliées, jardins disparus... voici le moment d'une archéologie interne; celui de la mémoire qui a des trous et qui se lézarde quand des images incertaines laissent transparaître l'œuvre du temps. Ce sont des images de la durée, car ne témoignant pas d'un "ça a été" mais d'un "c'est", car donnant au passé une texture pour le laisser s'insinuer, se développer, envahir le présent.

    Arrivées par intermittence à la surface du monde, ces visions dérobent la réalité en s'évaporant puis érigent un univers peuplé de ces êtres qui ont la consistance du rêve : ceux qui à notre insu ont laissé des traces et ceux qui nous fondent. Nos transparents. Ils se présentent à cet instant précis, décisif, mais hors de soi. Mémoire sans souvenirs, amnésique, qui va vers ce qui est reconnu mais qui n'est pas identifiable. Mémoire qui ouvre à la présence familière et universelle de ces évanouis qui demeurent, à l'instant où intérieur et extérieur se confondant, rendent l'image poreuse.

    Voici quelques fragments d'alchimie où rouille et feuilles mortes se subliment en or: "The changing of bodies into light, and light into bodies, is very conformable to the course of Nature, which seems delighted with transmutations"*


    Collection


    Insaisissable et dérivées

    Il y avait ces deux arbres au-dessus de l'étendue d'eau.
    Le jour déclinant a donné naissance au spectacle étrange de leur disparition, lorsque le visible s'enfonce et se perd dans le néant, lorsqu'il devient invisible et indivisible. "Quotient ultime de deux accroissements évanescents": la fluxion de Newton.

     Si parfois, le passage d'un lieu à un autre est un glissement, un entre-deux sans transition perceptible, il arrive aussi que filtrent des instants, où la vision de l'Insaisissable s'impose et fait partir à la dérive. A la dérive des impressions, à la dérive de l'incertain, à la dérive de l'ineffable.
    Commence alors ce lent moment imprécis qui fait se confondre l'espace et le temps
    .  


    Ligne lumineuse


    Orpaillage

    En tamisant les flots, la nuit, des gerbes d'or ont éclaboussé l'obscur, pailleté le noir. Présences erratiques, flottantes, fluctuantes.
    Me voici à la recherche de ces images qui vivent de leurs ombres, de leurs insuffisances, de ce qu'elles refusent de dévoiler pour mieux rejoindre l'énigme de l'entre-deux: interstice lumineux entre deux remous; là où l'invisible s'abrite pour projeter le visible, là ou le visible se dissimule dans le temps fragmenté.

     
    Montrer le monde tel que je crois qu'il est, non pas tel qu'il m'apparaît ou qu'il apparaît, mais plutôt tel qu'il disparaît, quand ce qu'il en reste s'accorde mieux à son essence mouvementée, éternellement elliptique.


    Aperçu de l'exposition L'Intangible I

  • Biographie

    Biographie

    France , 1967

    Anne Pharel est née en 1967. Son studio est installé en plein coeur de la Provence.

    Parallèlement à une pratique personnelle du dessin, de la sculpture, de l'écriture et de la photographie, Anne Pharel a participé à la conception et à la réalisation de nombreuses expositions.

    Parmi elles, Willy Ronis en 1997 à l'Isle sur Sorgue puis en 2001 au château de Gordes et J.H Lartigue en 1999 à l'Isle sur Sorgue. Elle a également assuré le commissariat de l'exposition de photographies Traversées d'André Pharel au centre d'art Campredon de l'Isle sur Sorgue. Créant à cette occasion des sculptures mettant en scène ses écrits, elle s'est chargée de la scénographie ainsi que de la réalisation du catalogue d'exposition. Ecrivant pour des sites d'artistes et divers catalogues d'art, elle a aussi participé étroitement à la création de livres photographiques, par ses textes et par l'élaboration de leur mise en page.

    Pendant toutes ces années, la pratique silencieuse de la photographie lui a permis de constituer une oeuvre personnelle qu'elle n'a commencé à montrer qu'en 2014.

    Au cœur de la démarche photographique d’Anne Pharel, la question du temps qui passe. A travers les objets qu’elle crée via différents supports - papier argentique, boites lumineuses, cadres métalliques ou plexiglass, elle nous invite dans sa perception du temps, où les instants s’échappent et s’étirent à la fois. Elle cherche à les capturer pour les rendre visibles au moment même où ils disparaissent, où ils sont passé et futur confondus. Elle est au cœur de la nature lors de ses déambulations nocturnes pour photographier les arbres, les feuillages, les ruisseaux et les troncs qui ponctuent ces minutes suspendues.

    Anne Pharel cherche à faire circuler l’invisible et à sublimer la disparition, à donner à voir la face cachée des éléments, celle qui échappe à toute perception.


    Août 2017
    La forêt des Livres, Chanceaux-près-Loches

    Mai 2017
    Villa Datris, l’Isle-sur-la-Sorgue

    Novembre 2016 – février 2017
    L’intangible, Photo12 Galerie Paris

    Juin - octobre 2016
    Fondation Pierre Salinger. Exposition collective « Totems »

    Mai 2016
    Achat par la Fondation Pierre Salinger d'une sculpture photographique.

    Décembre 2015 - janvier 2016
    Galerie DNR  l'Isle-sur-la-Sorgue.

    Novembre 2015
    Fotofever, Paris

      Avril – Mai 2015
    Château de Gordes. « Regards sur un monde buissonnier ».

    Septembre 2014
    Galerie  Depardieu, Nice. Exposition personnelle de cette même série.

    Juin 2014
    Atelier du Pieï à Lagnes. Exposition personnelle "Sub Noctem"

    Liens

  • Expositions
  • Presse
Expositions

Expositions et Foires

 

2019 | L'Intangible II | Galerie XII Paris

 

2018 | Art Elysées 2018 | Paris

2018 | PhotoShanghai 2018 | Shanghai Exhibition Center

2018 | Forêt, haute maison des oiseaux bocagers ! |

2018 | MIA 2018 | Milan (Italie)

 

2017 | Art Elysées 2017 | Stand A135

 

2016 | L'Intangible | Photo12 Galerie Paris

2016 | Art ELysées 2016, Stand A126 | Avenue des Champs Elysées, entre le Grand Palais et la Concorde

Années

Bibliographie

Bibliographie

Années

Presse
Années